Décès de Colette Hoffsaes

C’est avec tristesse que nous avons appris le décès de Colette, à l’âge de 92 ans, ce 6 août 2026.

Nous présentons toutes nos condoléances à sa famille.

Première présidente du CREIS qu’elle avait créé avec d’autres collègues et amis, elle laisse à tous ceux ou celles qui ont travaillé avec elle, le souvenir d’une femme généreuse et courageuse.

Elle a beaucoup donné à une association qu’elle jugeait indispensable pour promouvoir un enseignement « informatique et société » et coordonner et publier des recherches sur ce thème.

Daniel Naulleau et Chantal Richard ont retrouvé ce texte de Colette

Les premiers pas du CREIS, Colette HOFFSAES

Je me sens bien incapable de parler de l’histoire du CREIS, comme on me l’a demandé, parce que je l’ai vécue et même mes dix années de retraite ne me donnent pas assez de recul. Je ne peux vous livrer que mon témoignage, ainsi que des dates et des noms.

Pour moi, le CREIS est né il y a 25 ans, même s’il n’a été baptisé que cinq ans plus tard. C’est un rejeton d’un mouvement qui a abouti à la loi « Informatique et Libertés » du 6 janvier 1978. En 1974, la campagne pour l’élection présidentielles avait pour thème de prédilection la défense des libertés.

Par ailleurs, il y avait une volonté affichée de développer les nouvelles technologies. Sitôt élu, Giscard d’Estaing commanditait une série d’opérations pour étudier et lancer le développement de l’informatique.

         – le rapport Nora-Minc « L’informatisation de la société » en 1978

         – le rapport Simon « L’éducation et l’informatisation de la société » en 1980

         – un grand colloque « Informatique et Société » en 1980.

Il y avait donc à cette époque à la fois un intérêt marqué pour le développement de ce qu’on n’appelait pas encore les NTIC et une inquiétude pour les libertés face à ces technologies.

Tout naturellement, dans ce contexte, se développèrent une série de mouvements manifestant les inquiétudes de plusieurs groupes :

– les hommes politiques craignaient que leur rôle s’effrite face aux technocrates.

– les professionnels médico-sociaux commençaient à entrevoir les méfaits possibles d’un fichage mal maîtrisé (cf les luttes contre le fichier GAMIN).

– les syndicalistes et associations des droits de l’homme, toujours vigilants contre toute possible velléité de contrôle, commençaient à se mobiliser.

Pour ma part, je suis entrée dans ce mouvement alors que je préparais une thèse sur les informaticiens avec Alain Touraine, dans un séminaire animé par Dominique Wolton, auquel participait Philippe Lemoine (il fut ensuite délégué à l’informatique dans le Ministère de l’Industrie, puis commissaire du gouvernement auprès de la CNIL de 82 à 84, il est encore commissaire à la CNIL, représentant les entreprises de vente par correspondance).

A cette époque, il participait à la Commission pédagogique nationale des IUT « Informatique ». Il fit introduire dans le programme un module sur « informatique et société », en se fondant sur une recommandation du rapport Tricot « Informatique et Libertés », prélude à la loi « Informatique et Libertés », qui préconisait que l’enseignement de l’informatique soit moins exclusivement technique et un peu plus orienté vers une réflexion sur les conséquences de l’informatique, afin de former des professionnels lucides et prêts à appliquer la loi. Connaissant mon intérêt pour ces questions, nous avons parlé ensemble du programme et des problèmes que poserait sa mise en œuvre. Il m’encouragea à participer au colloque « Informatique et Libertés » ( Fontevraud, 2 mars 1979 ) et m’informa qu’un collègue de l’IUT de Nantes devait s’y rendre.

Je trouvais donc André Vitalis à Fontevraud, nous y rencontrâmes aussi Stefano Spaccapietra, Daniel Nauleau, Félix Paoletti et Anne Brigoo, de l’Institut de Programmation. Ensemble, nous organisâmes une rencontre pour le 4 avril 1979 (même sans INTERNET, on peut être rapide !) à l’IUT de Paris. Nous étions 15, tous avides de défricher un domaine encore quasiment vierge, pas ou très peu de recherches, aucune expérience pédagogique pour transmettre à des étudiants nos interrogations.

Pendant 5 ans, sans aucune organisation fixe, nous nous sommes retrouvés régulièrement chaque année ; chaque rencontre nous paraissant beaucoup trop courte pour raconter et écouter les multiples expériences, nous décidions ensemble du lieu, de la date, de la personne responsable et du thème de la prochaine rencontre ; et personne ne manqua jamais son engagement. Après Paris, ce fut Nantes, 7 mois après, puis Toulouse, Lyon, Nancy, Compiègne.

C’est seulement en 1984 que, pour répondre à un appel d’offre, nous avons fondé le CREIS, association « loi 1901 ».

Pour pouvoir répondre à un appel d’offre de recherche, nous ne pouvions pas compter sur l’appui d’une université, puisque nous fonctionnions comme un groupe de liaison, réparti dans toute la France, et aussi à l’étranger, et que nous dépendions de structures très diverses, pas seulement universitaires ; nous ne pouvions pas non plus nous référer à une discipline universitaire, puisque dès la première rencontre en 1979, il était apparu que nous représentions de nombreuses disciplines et nous avons décidé de préserver cette variété comme une richesse dont il fallait tirer profit.

La seule structure possible était donc une association « loi 1901 ». Nous n’avons même pas pu trouver un siège universitaire, car les associations « loi 1901 » y avaient à l’époque mauvaise réputation. Mon domicile fut donc longtemps le siège du CREIS. C’était vraiment de l’artisanat.

La création du CREIS eut lieu en mars 1984, publication au JO du 8 avril 1984

L’objectif annoncé : conçu comme un centre de coordination, « en vue de la réalisation et diffusion d’études ainsi que la promotion d’actions de sensibilisation relatives aux interactions entre la société et l’informatique, en particulier :        – coordination entre chercheurs

                              – formation de formateurs

                              – élaboration d’outils pédagogiques

                              – interventions et conseils. »

Membres fondateurs : – Suzanne ASSIÉ, IUT de Lyon, informatique

– Marie-France BARTHET, MIAGE de Toulouse, informatique

– Alain CROCHET, IUT d’Orsay, économie

– Colette HOFFSAES, IUT de Paris, sociologie

– Daniel NAULEAU, IP, Paris VII, informatique

– André VITALIS, IUT de Nantes, STI

Le nom choisi, « Informatique et Société » reprenait le terme lancé par le grand colloque de 1980.

Au 1er CA du 30 nov 1984, il y avait 35 adhérents.

Les activités des premières années

– d’abord, publication presque régulière d’un « bulletin de liaison »

animée par André Vitalis  puis Maurice Liscouet

n° 0 : février 1985, n° 19 : décembre 1998, n° 20 : mars 2000, n° 21 : mars 2002

– des rencontres régulières, qui s’espacent et deviennent des colloques.

– en 1985, une enquête sur l’enseignement et la recherche sur les thèmes « technologies et société » dans les établissements universitaires, notamment dans les IUT, puisque cet enseignement était au programme. Cette recherche a donné au CREIS débutant quelques modestes moyens de subsistance.

– la rédaction collective de plusieurs ouvrages sur l’informatisation de la société

2 chez Delagrave, 1 au Québec en collaboration avec des amis québécois.

– organisation de formations d’enseignants « Informatique et Société »          etc

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Mon souvenir des bons moments d’amitié ne me permettra pas d’être objective. Qu’importe, ce n’est pas ce qu’on attend de moi.

Les principales caractéristiques du CREIS sont pour moi :

– d’abord la conviction partagée par tous que les transformations attendues valaient la peine qu’on réfléchisse aux conséquences prévisibles avant de suivre aveuglément la voie de l’efficacité et de la rentabilité maximales (la rationalité technico-scientifique selon Habermas). Ce thème très minoritaire à l’époque prend actuellement de la vigueur.

– ensuite l’urgence des enseignants qui, entraînés par leur conviction à prendre en charge cet enseignement, ne savaient comment s’y prendre. Nous avions vraiment besoin les uns des autres.

– et puis l’enthousiasme (et la crainte) de participer à une aventure qui pouvait transformer le monde et que nous essayions de décrypter au moment même où elle se faisait.

Comme beaucoup de ceux qui avaient vécu 1968, nous imaginions que nous pouvions, par notre travail, même très modestement, améliorer la vie. J’ai toujours vécu le CREIS comme un engagement à mi-chemin du militantisme et du travail universitaire. Je crois ne pas avoir été la seule.

Du côté militantisme, nous étions en relation avec le groupe Terminal et bien d’autres associations.

Du côté universitaire, les membres du CREIS et surtout du CA, assuraient personnellement les liaisons avec les diverses associations professionnelles qui rejoignaient quelque part nos objectifs.

J’ai cependant un regret : ce militantisme non affiché a (peut-être ?) favorisé une évolution des convictions profondes, mais il nous a parfois dissuadés d’assumer un professionnalisme, comme on dit maintenant, qui nous aurait donné un plus haut niveau de visibilité. Je me dis parfois : « L’évolution actuelle montre que nous avions encore plus raison que nous ne le croyions alors. Que n’avons-nous crié plus fort et plus médiatiquement ! »

L’actualité du colloque d’aujourd’hui montre en tout cas que le travail est toujours à reprendre et je vous souhaite une vraie réussite.

Terminal N° 142 : L’économe Sociale et Solidaire au défi des technologies numériques

En ligne sur Open Edition

Journée d’étude : « IA et enjeux sectoriels, une approche critique »





Journée d’Etude Creis-Terminal : 9 octobre 2026

En partenariat avec LabSIC

Campus Condorcet

Participation libre mais Inscription obligatoire

Depuis la sortie de ChatGPT en novembre 2022, des systèmes d’Intelligence Artificielle (IA) fondés sur l’apprentissage sont utilisés par le grand public mais également dans un nombre grandissant de secteurs et de professions.

Au vu des enjeux sociétaux, de protection de données et de liberté, il est fortement question de réglementation, de régulation nécessaires. Mais il y a aussi des oppositions farouches à de telles tentatives. Les grandes plateformes numériques, pour une bonne part américaines, souhaitent freiner et oeuvrent contre la règlementation. On peut relever les effets auprès de la Commission Européenne qui a dû se résoudre, fin 2025, à suspendre une bonne partie du Règlement européen sur l’intelligence artificielle (Artificial Intelligence Act, IA Act entré en vigueur en juillet 2024), sous la pression conjointe de Washington et de la Big Tech. C’est aussi un des enjeux du « digital omnibus » qui, sous couvert de stimuler la compétitivité, pourrait limiter les protections face à l’IA, avec impact sur le RGPD. Nous analyserons ces antagonismes.

La journée d’étude s’intéressera également, dans une approche critique, à quelques enjeux de l’IA générative dans trois secteurs.

Dans le domaine de l’agriculture, une communication identifiera l’impact des applications numériques basées sur des modèles d’intelligence artificielle comme facteurs d’augmentation de la productivité dans les secteurs-clés des systèmes et des échanges agroalimentaires.

Dans le domaine de la santé et en particulier celui de la santé mentale, l’assistance de l’IA générative est souvent sollicitée en premier recours. En quoi les pratiques des jeunes et des moins jeunes impactent-ils la structuration des soins ? Plusieurs solutions technologiques, dans le champ de la santé mentale, visant à transformer le parcours de soin et l’autonomie des patients seront abordées.

L’arrivée de l’IA percute de front l’enseignement, la recherche et les activités culturelles. Quelles transformations des mécanismes d’acquisition et de transmission des savoirs sont à l’oeuvre ? Dans le domaine culturel et en particulier dans celui de l’audiovisuel qui souffre d’un « fil numérique brisé », les contenus sont vulnérables à une « aspiration » massive par les géants technologiques pour nourrir leurs modèles d’IA, sans consentement ni compensation, transformant les données créatives en matière première gratuite.

Programme (susceptible d’évolutions) :

9h30 Accueil Creis-Terminal et LabSIC

10h 10h40 –  Introduction : Impacts de l’IA générative sur l’IA act (digital omnibus) et le RGPD

François Pellegrini, professeur d’informatique, Université de Bordeaux 

10h50h-11h30- La dynamique paradoxale de la régulation de l’intelligence artificielle

Smail Oulebsir, docteur en sciences de l’information et de la communication 

Nous analyserons le paradoxe des initiatives de régulation de l’intelligence artificielle (IA) face à la puissance des grandes plateformes numériques, en particulier américaines. Nous nous intéresseront notamment au « mille-feuilles réglementaire » européen, dont l’applicabilité est mise à l’épreuve par les acteurs dominants du secteur. Malgré l’adoption, en mars 2024, de l’Artificial Intelligence Act, l’Union européenne a dû suspendre une partie de son application fin 2025 sous l’effet de pressions exercées par Washington et les grandes entreprises technologiques.
La présentation met ensuite en lumière le rôle central de ces « empires numériques » dans la structuration du marché mondial de l’IA. Tout en affichant publiquement leur soutien à une régulation, à l’image des appels d’OpenAI en faveur d’une gouvernance internationale, ces entreprises s’opposent souvent aux mesures susceptibles de limiter leurs pratiques ou d’encadrer leurs activités.
L’hypothèse défendue est celle d’une neutralisation progressive des ambitions réglementaires par les grandes firmes américaines de l’IA. Trois éléments l’étayent : la convergence entre les positions de l’exécutif américain et les intérêts des géants du numérique ; les pressions exercées, en 2026, pour obtenir des exemptions en matière de propriété intellectuelle concernant l’entraînement des modèles ; enfin, le soutien financier et politique apporté à des candidats favorables à un allègement de la régulation à l’approche des élections de mi-mandat américaines.

11h40-12h20 – Agriculture  

Impact de l’intelligence artificielle sur la production, la transformation, la distribution et les échanges agroalimentaires : l’expérience française dans un contexte européen  

Dominique Desbois (PhD), ingénieur honoraire du Département EcoSocio et de l’Institut AgroParisTech. Missionné par l’association CREIS-Terminal, il est le représentant français au comité technique « (Information Communication Technology & Society » (TC9) de l’International Federation for Information Processing.

Cette communication a pour but de dresser un état en France des lieux provisoire de l’impact socio-économique et environnemental, avéré sinon anticipé de l’intelligence artificielle en esquissant un bilan sectoriel, de ce type d’innovations numérique au sein du complexe agro-alimentaire français. En particulier, cette contribution s’attache à identifier l’impact des applications numériques basés sur des modèles d’intelligence artificielle comme facteurs d’augmentation de la productivité dans les secteurs-clés des systèmes et des échanges agroalimentaires.

Dejeuner 12h20-13h45

13h45-15h10 Santé :

13h45 –présentation des axes du Plan d’action du Grand Défi « Dispositifs médicaux numériques en santé mentale » du gouvernement

Chantal Enguehard, informaticienne Université de Nantes et secrétaire CREIS-TERMINAL

14h – L’IA comme médiateur pré-thérapeutique : pratiques des jeunes en santé mentale et angle mort clinique

Etienne Hien, doctorant LabSIC Université Sorbonne Paris Nord

Cette communication s’appuie sur une thèse en cours qui examine comment les jeunes de 15 à 30 ans utilisent les plateformes numériques pour parler de santé mentale. A partir de trois vagues de questionnaires, la communication pose une question simple : quelle place les outils d’IA prennent-ils dans la vie des jeunes, et pourquoi ce sujet reste-t-il absent des consultations ?
Les chiffres sont clairs. 95% des jeunes enquêtés ont utilisé une IA, et 67% lui ont posé une question personnelle ou émotionnelle. Pour les jeunes qui présentent un niveau d’anxiété élevé, l’IA est devenue l’interlocuteur le plus facile d’accès, avant les amis et avant les professionnels de santé. Une étude Ipsos BVA / CNIL menée en mars 2026 sur 3 800 jeunes européens confirme cette tendance à plus grande échelle. Du côté des professionnels, le paradoxe est saisissant : 84% utilisent eux-mêmes une IA, mais 59% n’en parlent jamais avec leurs patients.
C’est cet écart que la communication cherche à comprendre. Quelque chose de réel se passe dans les pratiques des jeunes, et les institutions de soin ne l’ont pas encore vu ou décide de l’ignorer. 

14h15 – 14h45 L’intelligence artificielle au service de la santé mentale : du soin clinique à l’accessibilité cognitive et au bien-être

Gaël DIAS, professeur, université de Caen

Après avoir défini la médecine 6P dans le cadre de la santé mentale, je présenterai le développement de plusieurs solutions technologiques visant à transformer le parcours de soin et l’autonomie des patients. En santé clinique, j’aborderai d’abord la conception de modèles prédictifs multimodaux (dépression, risque suicidaire) dont l’interprétabilité est validée par l’alignement de l’attention algorithmique sur l’expertise psychiatrique. Parallèlement, je présenterai la plateforme A2MIMO, qui mobilise des assistants virtuels et l’analyse de données pour aider les psychiatres à quantifier les symptômes et assurer un suivi longitudinal. Pour pallier le handicap cognitif, j’expliquerai comment l’IA permet de simplifier automatiquement des textes complexes via le projet ETR-fr afin de favoriser l’autonomie et l’autodétermination des patients. Enfin, j’illustrerai l’importance du bien-être à travers le projet ABC, qui mesure quantitativement et qualitativement les bienfaits de l’art et de la culture sur notre santé mentale.

14h45-15h échanges croisés sur les trois interventions

15h-16h20 Education et Enseignement supérieur, et Recherche :

15h : IA générative et éducation : reconfigurations des médiations et usages étudiants

Sami Ben Amor  docteur en Sciences de l’information et de la communication, IMSIC (Université de Toulon / AMU) et Jessica Nascimento doctorante IMSIC de l’Université de Toulon 

Cette intervention conjointe explore les transformations des mécanismes d’acquisition et de transmission des savoirs à l’ère des intelligences artificielles génératives (IAg), à travers deux approches complémentaires ancrées en Sciences de l’information et de la communication. La première partie, portée par Sami Ben Amor, propose une analyse des tensions entre automatisation cognitive et temporalité réflexive, révélant des effets ambivalents des IAg, à la fois facilitateurs et potentiellement générateurs de vulnérabilités éducatives. Le travail propose un modèle original d’analyse et de conception des dispositifs éducatifs à l’ère de l’IA, nommé CARES (Cognition, Agentivité, Responsabilité, Expérience, Subjectivation), qui vise à appréhender de manière systémique les recompositions à l’œuvre : transformation des processus cognitifs, redistribution de l’agentivité entre humains et systèmes, enjeux de responsabilité distribuée, reconfiguration des expériences d’apprentissage et effets sur la construction des subjectivités. La seconde partie, portée par Jessica Nascimento, s’appuie sur une enquête par questionnaire menée auprès de 124 étudiants de l’Université de Toulon pour explorer une problématique centrale : l’IA générative est-elle un outil facilitant l’apprentissage ou un risque pour le développement d’un esprit critique ? Articulé à un cadre théorique mobilisant trois concepts clés — l’acculturation numérique, l’appropriation des dispositifs et la littératie numérique —, le travail révèle une adoption massive et régulière, dominée par ChatGPT. Les usages déclarés sont hiérarchisés de manière pragmatique : le résumé de textes et de cours arrive en tête, suivi de la recherche d’explications et de la génération d’idées, tandis que la rédaction directe de devoirs est la moins valorisée. Toutefois, les résultats mettent en lumière un décalage préoccupant entre la confiance des étudiants et leur compétence réelle. Les résultats de l’étude conduisent à conclure que l’IAg est un dispositif ambivalent, dont les effets dépendent crucialement du niveau de littératie numérique des utilisateurs. L’ensemble de cette présentation vise à contribuer, dans une perspective critique, à une compréhension fine des conditions d’une intégration située, éthique et réflexive de l’IAg en éducation.

15h40 : La souveraineté des données : données aspirées, pillées et nourrissant les IA génératives audiovisuelles

Renan Mouren, Maître de conférences en Sciences et Technologies de l’Information et de la Communication (STIC) à l’INSA Hauts-de-France – UPHF, et Cedric Lejeune, expert en Données & Contenus techniques et en Ingénierie des Systèmes Image et Son

Cette intervention conjointe, fondée sur les travaux du projet MedIAdata, dresse un diagnostic critique de l’industrie audiovisuelle à l’aune de l’essor des IA génératives. Les auteurs posent l’hypothèse que les gains de productivité promis par l’IA reposent sur deux piliers absents du secteur : des données structurées et un « fil numérique » (Digital Thread) continu. L’audiovisuel souffre d’un « fil numérique brisé » : fragmentation des données, silos d’information, incompatibilité des outils et perte de métadonnées tout au long du pipeline de production (de la pré-production à la distribution). Cette absence de structuration rend les contenus vulnérables à une « aspiration » massive par les géants technologiques pour nourrir leurs modèles d’IA, sans consentement ni compensation, transformant les données créatives en matière première gratuite. Face à ce « pillage » algorithmique, le projet MedIAdata propose une réponse industrielle et souveraine : la construction d’un Espace de Données Audiovisuel (Data Space) sécurisé, s’inscrivant dans l’initiative européenne TEMS (Trusted European Media Data Space) et l’architecture Gaia-X. En s’appuyant sur des standards internationaux et une approche multi-échelle (recherche, éducation, production), l’intervention explore comment restaurer une traçabilité des actifs, garantir l’interopérabilité et protéger les droits des créateurs, transformant ainsi la donnée audiovisuelle d’une ressource exploitée en un actif souverain et maîtrisé.

Pause 16h20

16h30  Conclusion : Quelle critique pour quelle « intelligence artificielle » ?

Eric George,Directeur, Centre de recherche interuniversitaire sur la communication, l’information et la société (CRICIS). Coresponsable, CR 33 Sociologie de la communication et du numérique, AISLF. Coéditeur, revue tic&société. Membre de CREIS-TERMINAL.

Le 1er décembre 2025, des membres de l’Atelier d’écologie politique (Atécopol, Toulouse), une communauté pluridisciplinaire de scientifiques travaillant ou réfléchissant aux multiples aspects liés aux bouleversements écologiques lançaient un Manifeste proposant d’adopter une position vis-à-vis de l’intelligence artificielle générative (IAg) en termes d’objection de conscience. Ils invoquaient des éléments critiques reposant sur des enjeux écologiques, sociaux et politiques. À l’opposé, d’autres collègues qui se présentent aussi comme critiques ont développé un autre point de vue qui repose sur l’idée selon laquelle un boycott de l’IA dans les demaines de l’enseignement et de la recherche constituerait une position problématique. Dans le cadre de ma présentation, je propose de comparer ces deux types de critiques en faveur ou contre l’objection de conscience face à l’IAg en m’interrogeant également sur la nature de la critique qui motive chacune des deux positions en présence et donc en me questionnant aussi sur la manière dont je construis ma propre posture critique. 

17 h Echanges

Participation libre mais Inscription obligatoire

La salle de réunion sera communiquée ultérieurement aux inscrits

L’intelligence artificielle et la justice, entre accélération technique et freins culturels

Débat en ligne organisé par CREIS-TERMINAL

vendredi 28 novembre 17h30-19h

L’année 2025 aura incontestablement été l’année de l’IA juridique : quatre rapports publics ont été publiés depuis la fin d’année 2024, les ouvrages se multiplient sur l’insertion de l’IA dans les pratiques judiciaires, les start ups ne cessent de fleurir (et de faner) et des formations universitaires et professionnelles apparaissent aux quatre coins de l’hexagone pour tenter de se saisir des opportunités, des risques et des questionnements autour de cette transformation accélérée du droit. Il y a pourtant une grande absente des festivités et de l’enthousiasme général : l’open data des décisions de justice, c’est-à-dire la politique publique visant la mise à disposition du public de l’ensemble des décisions de justice rendues par toutes les juridictions françaises. Enclenchée en 2016, reconfigurée en 2019, effectivement lancée en 2021, cette mise en ligne gratuite et en format librement réutilisable des décisions de justice continue presque silencieusement de prendre chaque année quelques années de retard… et pourtant personne, ou presque, ne s’en préoccupe.

La situation tient du parfait paradoxe, pour qui est conscient qu’il n’y a pas d’IA sans données. Pourtant, si l’open data était à l’origine conçue comme l’étape préalable au développement d’une IA juridique performante et opérationnelle, force est de constater que l’IA juridique, elle, n’a pas attendu une open data dès le départ freinée par un mélange d’impréparation technique et théorique. Quasiment dix ans après sa proclamation, l’open data a donc perdu sa seule réelle justification puisque les acteurs du secteur qu’elle était censée soutenir, la Legaltech, ont fait sans elle. Faute d’avoir été conceptualisée autrement que comme une béquille publique à une activité commerciale, l’ambitieuse politique qu’était censée être cet open data des décisions de justice continue aujourd’hui son chemin dans l’indifférence générale.

C’est sur ce paradoxe que nous proposons de nous attarder, en revenant successivement sur les ambitions de l’open data à l’époque de son lancement, puis sur ses défauts et obstacles originels qui expliquent à la fois son retard et son abandon total par le secteur de la Legaltech, et finalement sur la situation actuelle de délaissement de l’open data par l’ensemble des acteurs du droit, qu’ils soient praticiens, universitaires ou acteurs du développement de l’IA juridique.

Intervenante : Camille Bordère, maîtresse de conférences en droit public au sein de l’Université de Caen Normandie (ICREJ, UR 967). Elle est docteure en droit public de l’Université de Bordeaux, où elle a soutenu sa thèse de doctorat (La justice algorithmique. Analyse comparée (France/Québec) d’un phénomène doctrinal) en novembre 2023, et membre de la Chaire Droit public et politique comparés de l’université Jean Monnet Saint-Étienne. Ses recherches s’articulent autour de deux axes principaux : le droit du numérique et de l’intelligence artificielle (avec une particulière attention sur l’utilisation du numérique et de l’intelligence artificielle en droit) et la comparaison des droits. Dans ce dernier axe, elle s’intéresse ainsi plus spécifiquement aux États de la sphère anglo-américaine (Royaume-Uni et Canada) et aux questions de méthodologie de la comparaison.

Débat animé par Kieran Van Den Bergh, doctorant, membre du CA de CREIS-TERMINAL

Inscription obligatoire en envoyant un courriel à contact at lecreis.org précisant prénom, nom, fonction, adresse électronique et téléphone.

Le lien de connexion sera envoyé aux inscrits le 26 ou 27 novembre.